HAIKU FRANCAIS

GEERT VERBEKE

 

Propos recueillis par Micheline Beaudry, Canada, pour GONG Magazine, AFH France, Mai 2006.

MB - Geert, vous avez un haïku très vivant !  Pouvez-vous nous dire quand et pourquoi vous avez commencé à écrire du haïku ?  

GV - Vivant? Sans doute, je ne suis pas mort... Mon ami le photographe Bing Maertens me parlait déjà en 1968 de Bashô et surtout de Matsushima. Son haïku:

le voleur 
a tout pris sauf 
la lune à la fenêtre

était une invitation impérative à descendre dans la profondeur de moi-même. Le résultat: je commençais à écrire quelques pseudo haïkus, du japonisme plein de clichés. J’avais à peine 20 ans, l’âge idiot. Mais ces premiers exercices d'assouplissement ont été très importants. En 1969, j'avais 21 ans et je venais d'être père de mon fils Hans. Ma mère bien-aimée m'offrait un petit cahier de seulement 36 pages: 'Vent de l'est sur l'ouest,' de D.T.Suzuki, édité par Avenue. Une pièce d'artifice pour mon esprit. Une différence du tout au tout... Adieu jacassements et discussions à perte de vue sur la rhétorique sociale, mes cheveux longs... Le haïku, à la fois simple et complexe à définir, comme antidote au conflit des générations ? Le pourquoi m’échappe un peu… même de nos jours. Je ne sais pas. Est-ce possible que c’est le haïku qui m’écrit ? Le haïku est surtout une observation surprenante : bref (le haïku n’est pas plus long qu’une respiration), sobre, précis, subtil, dense et sans artifice littéraire.

MB - Depuis quand vous êtes-vous mis au français et qu'est-ce que la culture française vous apporte comme nuances dans l'écriture du haïku ?

GV - Je suis fier de mes origines. Je suis Flamand. Du plat pays avec un coeur tendre et une tête de mule. J’habite toujours Kortrijk (Courtrai) à 20 km de Lille, mais maître Brel ne m’emmerde pas. Je l’admire. Comme Léo Ferré, Jean Ferrat, Charles Aznavour, Brassens… En plus, j’aime les poètes comme Jacques Prévert, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud…

Ma grand-mère venait de la Wallonie , donc comme blanc-bec, je passais mes vacances chez ma marraine à Liège. Mon oncle était un négociant en vins.  Mes cousins jouaient du jazz. Ma cousine germaine, Colette, était la plus belle femme du monde. J’étais éperdument amoureux… (soupir). Enfin, elle m’a appris à écouter Aznavour, Bécaud, Julien Clerc. Mes parents parlaient le français entre eux pour raconter des blagues osées et pour discuter la paillardise des voisins. C’est comme ça que la jeunesse apprend des choses. Mais même s’il me manque une formation approfondie, puisque j’étais ouvrier sans qualification à seize ans, j’achète beaucoup de livres sur le haïku en français… La simplicité du haïku le rend facile d'accès, mais sa pratique régulière, où les règles sont simples mais strictes, exige une grande maîtrise de l'art poétique. Faire le bêta n'est pas mon intention. Le haïku sur les petits-enfants, Lourdes, l'égocentrisme ou le patriotisme est dans la plupart des cas douteux et négligeable...  Mais faire des remontrances sur un ton paternel n'est pas mon but! Lisons plutôt 'le Petit Manuel pour écrire des Haïku' de Philippe Costa... Pour bricoler vos haïkus ! Sympa.

MB - Vous avez déjà une oeuvre qui se dessine... quand avez-vous compris que vous deviez faire des recueils, de la musique, des illustrations et qu'est-ce qui caractérise le plus votre oeuvre haïku ? 

GV - Je crains que je n’aie pas encore compris tout cela. Des choses pareilles viennent du coeur pas de mon petit lobe cérébral. Mon grand-père jouait du piano et ma mère me racontait des contes de fées. Mon père chantait très faux. Et alors? Feu mon père spirituel était un sculpteur Italien, Pietro Bares, il m’apprenait que dans la vie, il n’y a qu’un but: ‘Atteindre la sagesse.’ Peut être que je me figurais, un jour, que j’avais besoin de tout ce bazar pour découvrir un grain de sable pur en moi-même. Vraiment, pour moi être créatif est une nécessité intérieure dont je ne sais pas la cause, elle m’est inconnue. Je n’ai pas de réponse adéquate. Mais je suis fou du haïku; ça rime !

MB -  Vous avez aussi une autre écriture que les haïkus, pouvez-vous nous en parler ? 

GV - Comme tout le monde, je balance entre la banalité et la sublimation. Comme créatif et comme enfant joueur, j’ai pris pas mal de chemins détournés: des poèmes, des contes de fées, un essai sur le jazz en Flandre, des aphorismes, deux romans, deux livres sur les cartes à jouer et quatre livres sur les bol chantants de l’Himalaya. En plus onze disques compactes: bols chantants, gongs, gamelan, piano, percussion, etc.)On m’a toujours dit que, entre l’écrivain et ses lecteurs, il y a une capacité à suggérer: l’émotion reposant sur quelque chose qui n’a pas été dit. Pff…moi je ne comprends pas les hommes de cabinet. Je ne suis pas un rat de bibliothèque. Écrire, c’est respirer profondément et être amoureux de la vie. Le haïku, comme dé à coudre, propose cet art de vivre. Le haïku met l’accent sur ce qui est... maintenant ! Mon but est de nommer mon univers clairement et directement, le nommer pour lui-même. Pour cela j’adore le haïku et le tanka, mais de plus en plus le haiga et le haibun m’attirent. Ce que je ne veux pas oublier, c'est l'esprit du haïku: si mon haïku est efficace avec un appel direct à l'émotion, mais qu'il fait 10 ou 13 syllabes, et bien pourquoi pas? Le format des trois lignes arrangées en 5-7-5 n’est pas obligatoire, ce n’est qu’un guide. J’aime à jongler avec l'ordre des mots, le nombre des syllabes et la longueur des lignes. La règle syllabique n'est pas stricte pour moi. Le haïku est en même temps le miroir de l'intemporel et un jouet pour mon esprit assez remuant. Je me moque des règles ‘trop sérieuses' du haiku... mais je sais, il ne faut pas juger de l'arbre par l'écorce. Le senryu n’existe pas pour moi, je dirais: le senryu est 'identique' au haïku, mais les inventeurs de règlements ont aussi droit à leur bac à sable.

Jouons, 
puisque le haïku est une toupie à musique 
si on l’arrête afin de l’examiner la musique s’arrêtera…

MB - Sans être à cheval sur les règlements, vous devez bien suivre un certain "courant" puisqu'on entrevoit votre nom dans les résultats des concours internationaux ?

GV - J’écris simplement des haïkus et parfois je les envoie à des concours. Mais seulement pour le jeu, et jamais si on demande un droit d'inscription. Je ne paye pas pour me faire lire. Il ne faudra jamais dévoiler une statue à mon honneur… Je pense que j’ai de la chance que certaines membres du  jury aiment ce que j’ai écris. Je m’amuse et peut être que ça se fait sentir...

MB - Vous avez plusieurs recueils de haïkus. Vous faites aussi des haïgas - l'appareil photo semble prolonger votre vision haïkiste du monde.

GV - Oui, mais il faut voir l’œuvre de la photographe américaine Imogen Cunningham (féministe et esprit libre qui, à partir des années trente, bouleversa la représentation photographique avec ses nus et sa série ‘Flora’) pour comprendre que le haïku s’écrit aussi avec la lumière. La sobriété de l’expression est importante dans la photographie et dans le haïku. Je rêve de beaux  haïkus avec des images fortes dans un style très simple. La photographie digitale (Pentax-ist-ds) est mon support préféré pour maîtriser tous les sujets avec une palette très large d'émotions. Personnellement, je me sens à l'aise dans le monde des haïgas en espérant être très attentif aux mille petits instants et les clins d'oeil de la vie. Le haïga est mon regard sur notre monde et sur notre communauté internationale. Comme libre penseur, pacifiste, voyageur et observateur, certains de mes haïgas sont engagés pour la paix, mais c’est plutôt moi et pas mes haïgas qui doit être engagé. Mes haïgas ne vont pas changer le monde. On les trouve sur mon SITE et mon BLOG: http://haikugeert.skynetblogs.be/   Bienvenue!

MB - Pourriez-vous nous parlez du haïku en pays des Flandres (ou pays flamand) son dynamisme son renouvellement, les rencontres des membres, les liens avec le Japon -etc. etc.

Peut être que la Flandre est trop petite pour parler d’un monde du haïku. Comme partout, on a des canards domestiques et des canards sauvages. C’est fluctuant. Certains ont besoin des haïkus pour se profiler comme catholiques ou conservateurs, d’autres ont l’esprit plus ouvert. Mais me soucier de ça n’est pas ma conception de la vie. Qui sert à l'autel, doit vivre de l'autel…

On verra bien si un jour il y aura du dynamisme où du renouvellement. Mais après tout cela est très subjectif… J’ai pas mal de contacts avec des haïkistes en Flandre, des gens qui ont leur propre voix et style: Christine Beeckmans (un recueil de nous deux vient de paraître), Ferre Denis, Willy Cuvelier, Bernard De Coen ,  Karel Hellemans, Riet De Bakker et Bart Mesotten. J’ai le coeur reconnaissant pour mes contacts mondiaux qui sont parfois fabuleux.  Mais je refuse des cartes de membre. Les rencontres m’effarouchent. Je suis enclin d’accompagner Groucho Marx quand il dit: ‘Je ne veux pas être membre d’un club que m’acceptera comme membre…’ Mais je suis toujours prêt à échanger mes livres de haïkus pour les livres des autres poètes.

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HAIKU: qu'est-ce donc que le haïku que nous aimons? Le haïku est un poème miniature qui exprime dans un langage simple des moments fugaces d’intense réalisation. C'est un poème court Japonais, un tercet d' habituellement 17 (5/7/5) syllabes. Il contient une référence à la nature (kigo), à une réalité non seulement humaine. Le haïku est une forme classique de la poésie japonaise, à la fois simple et complexe à définir. Le haïku est surtout une observation surprenant : brèf (le haïku  n’est pas plus long qu’une respiration), sobre, précis, subtil, dense et sans artifice littéraire. Le haïku évite les marques traditionelles du poétique, telles la métaphore et la rime. Le haïku peut sembler anodin au premier abord; en fait, il balance entre la banalité et la sublimation. Entre le poète et le lecteur, il ya une capacité à suggérer: l’émotion reposant sur quelque chose qui n’a pas été dit. Le haïku, qui propose un art de vivre, met la focale au point sur ce qui est là, maintenant ! Le but du haïku est de nommer les choses clair et directement dans un poème des choses banales de notre vie quotidiene. Les choses sont nommées pour elles- mêmes. Le haïku se lit à la lettre. Le haïku est très populaire au Japon, on y compte des milliers de magazines consacrés au genre. Le haïku est aussi pratiqué en Occident, il se prête fréquemment à la culture Internet.  La simplicité du haïku le rend facile d'accès, mais sa pratique régulière, où les règles sont simples mais strictes, exige une grande maîtrise de l'art poétique. Faire le bêta n'est pas l'intention. Le haïku sur les petits-enfants, Lourdes, l'égocentrisme ou le patriotisme est dans la plupart des cas douteux et négligeable... Faire des remontrances sur un ton paternel n'est pas mon but! Lisez plutôt 'le Petit Manuel pour écrire des Haïku' de Phillipe Costa...pour bricoler vos haïkus.

BASHO: la paternité du haïku est attribuée à Bashô (Matsuo Kinsaku: 1644-1694). Les haïkus de Bashô (ermitage aux bananiers), nom de plume de Matsuo Kinsaku, sont souvent théâtraux. Bashô a exposé la plaisanterie, les  rêveries et la mélancolie, l'extase et la confusion, en les exagérant. Mais ces observations et expressions dramatiques ont un caractère paradoxal et même contradictoire. Bashô, le flâneur solitaire écrivait au bord du vide avec une extrême attention à la nature.

VERS LIBRE: la seule chose à pas oublier, c'est l'esprit de l'haïku: si votre haïku est efficace avec un appel direct à l'émotion, mais qu'il fait 10 ou 13 syllabes, et bien pourquoi pas? Le format des trois lignes arrangées en 5-7-5 n’est plus obligatoire mais un guide. On peut jongler avec l'ordre des mots, le nombre des syllabes et la longueur des lignes. La règle syllabique n'est plus stricte, fini de stigmatiser le vers libre. Des rimes voulues sont considérées "de trop". Ils ont pour sujet des situations dans la nature et emploient traditionnellement un mot qui suggère la saison (kigo), c'est à dire un mot qui fait allusion à la saison, ce qui relie le haïku à la nature. Autre règle : pas de métaphore !  Le haïku doit emmener au pays des songes, par l'évocation de la réalité, sans s'encombrer d'images plus ou moins fumeuses. Il signale un instant particulier et authentique, à nous de le revivre. Le haïku est en même temps le miroir de l'intemporel et exige profondeur sinon spiritualité. Je suis 100% d'acoord que nous devons favoriser le haïku vivant et non pas la vénération de poussière ancienne... Le vrai haikuïste ne tiens pas une boutique d'antiquités!

LE RENGA: une poésie de longueur très variable, puisque composée de tanka et/ou de haïku juxtaposés. Le plus souvent une poésie réalisé à plusieurs auteurs au cours d'une 'séance de renga'. Le thème est convenu au départ, le premier participant écrit la première strophe, puis chacun des autres enchaîne.

LE SENRYU: le senryu est 'identique' au haïku dans sa forme, mais il ne necessite pas l'introduction d'un kigo (une allusion à la saison) et jouit d'une liberte totale d'expression. Le senryu est un haiku en relation avec la nature humaine, tres souvent compose pour formuler de l'ironie, de la satyre ou la parodie. Pour simplifier: le senryu (parfois moqueur) est un haïku satirique, donc pas lié aux règles 'sérieuses' du haiku...mais il ne faut pas juger de l'arbre par l'écorce. Le senryu, active et très vivante, s'élabore et se retravaille!

LE TANKA: Le tanka  comporte cinq vers, de 5-7-5-7-7 pieds. Le haïku est un dérivé du tanka : dix-sept syllabes constituant les trois premiers vers du tanka. Les thèmes amoureux sont presque toujours réservés aux tanka.

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Concours 2007 : Haïkus & thé, France.

les moines
boivent du thé vert –
l’abbé dort

Excellent sur toute la ligne !  Les moines, on le sait buvaient du thé vert (matcha) pour éviter de dormir pendant les séances de méditation. Vérité historique, qui est à la base de toutes les relations culturelles entre la Chine et le Japon dés l’époque Song, et dont le moine Essai introduira la pratique ( du Bouddhisme et du Thé) dés son retour de Chine. Début du haïku solide, factuel, historique, sobre come un couvent, mais très dense. Et puis tout dérape : Pendant qie les (jeunes ?) moines s’évertuent à la meditation, l’abbé dort dans un coin. Opposition, contraste, humour avec une pointe de désinvolture...On imagine la chaleur moite qui endort (le vieil) abbé pendant que les (jeunes) moines transpirent à méditer en s’aidant du thé. Rien n’est écrit, tout est dit ! C’est du Basho !

Gilles Mauçout – maître de thé.

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HAÏKU DE GEERT VERBEKE:

agenouillée
dans la librairie
pour des haïku

 

fouiner à Paris
chez les bouquinistes
odeur de renfermé

 

un faux mouvement
les livres tombent tous
sauf Shiki

  

larmes et rires
loué soit maître Issa
un thé s'il vous plaît 
 
 
le petit manuel
pour écrire des haïku
en solde 

 

dans le puisard
sous une couche de glace
des bulles d'air

 

elle hurle
misérable bêtasse
un silence pénible

 

il pleut
sur son cercueil
goutte à goutte

 

resservir du vin
et rire avec son rougeur
la maquerelle

 

comme séductrice
elle se déshabille facilement
mais cache sa bague

 

à moitié nu
dans la vitrine
toux des fumeurs

GEERT VERBEKE 

ITALY :

Delle microscopiche perle di poesia. 5 - 7 - 5 i numeri "magici" Nella tradizione giapponese hanno dei canoni ben fissi anche per quel che riguarda i contenuti. Tuttavia qui non ci proponiamo altro che il sogno, ed il divertimento. Percio' postate pure i vostri haiku, siano essi fantasiosi, o fuori dai canoni estetici a loro propri.

 

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